Consulat du Burkina Faso de Nice

FEENOSE

lundi 27 août 2012

Chanteuse burkinabè de grand talent, vivant en Allemagne, Féenose sort en septembre 2011 son deuxième CD : " Albinos ". Voici son interview
 

Féenose, vous êtes née à Ouagadougou en 1982 ; pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
 

Difficile de parler ainsi de soi car sur le coup, je ne sais pas trop quoi dire. J'ai grandi dans une famille très ouverte et des parents qui nous ont laissé faire nos choix, sans chercher à nous influencer. J'ai donc fait un parcours classique en école primaire, lycée puis études techniques. C'est en classe de 6ème que j'ai commencé à écrire mes textes sous forme de poèmes et ensuite au fil du temps, me sentant attirée de plus en plus par la musique, je participais aux projets et aux soirées culturels lycéens ; interprétation d'artistes, danse ...
Ensuite, j'ai commencé par mettre de la mélodie sur mes textes et donc à composer. Et là j'ai participé aux concerts organisés par les lycées de la ville de Ouagadougou, puis ceux organisés par des acteurs de la scène culturelle comme les radios Horizon Fm .. etc...
Des scènes de concert à la Maison du Peuple, au Cenasa, au Jardin de la Musique, au Ciné Neerwaya et autres...
Je me suis tournée par la suite vers le studio afin d'enregistrer des maquettes (Studio Da Ex).
Dans les années 2000-2002, Smockey est rentré de France et a ouvert son studio " Abanzon " ; un ami nous a présenté l'un à l'autre et c'est ainsi que j'ai décidé d'enregistrer dans son studio un single, qui s'est terminé par un featuring avec Smockey sur le titre " les moutons " apparu sur son premier album " Epitaphe ".
J'ai donc continué par la suite à travailler la musique dans l'ombre, tout en poursuivant mes études, consciente que la musique est l'un des métiers les plus incertains de nos jours, nécessitant un bagage d'étude en poche avant de s'y lancer corps et âme.
2005, après l'obtention de mon Bac professionnel en bureautique, je me suis mise à 100% pour terminer l'enregistrement de mon premier album " Da Wou Wô " commencé en 2001.
Une fois l'enregistrement bouclé (entre le Burkina Faso et le Niger) j'ai plié bagage à destination de l'Allemagne (plus précisément à Mannheim). Là, j'ai dû tout laisser en "stand by " pour comprendre comment fonctionnait ce nouveau pays et cette nouvelle langue qu'était l'allemand dont je ne comprenais pas le traitre mot.
Ce fut alors un retour sur les bancs de l'université afin d'apprendre l'allemand en cours intensif et chercher mes repères, ce qui a demandé deux années. En 2007, j'ai repris le projet de l'album " Da Wou Wô " pour ne passer laisser s'endormir un si beau projet presqu'à son terme.

En mars 2008, je remporte le " Hip Hop Award 2008 " au Burkina Faso, l'award du " meilleur artiste rap de la diaspora burkinabè " ce qui m'a rendu heureuse et me donna une force immense pour continuer sur cette lancée.

Parallèlement à tout ce travail pour le premier album, j'avais aussi commencé depuis 2008 à écrire et composer les chansons du second album, mis en forme grâce au soutien des fidèles supporteurs jouant ainsi le rôle de producteurs à but non lucratif.
 

Que retirez-vous de vos origines Samo, ont-elles eu une influence sur vos recherches musicales ?
 

- Mes origines samo m'influencent beaucoup. Que cela soit dans l'écriture, dans mes émotions ainsi que dans ma façon d'être, bien que je me situe dans le style musical Afro Hip-Hop / Soul / Afro Pop.

J'écris quelques fois en samo. Dans mon premier album " Da Wou Wô ", l'intitulé de l'album est déjà dédié à mes origines samo ; puisque " Da Wou Wô " en langue samo signifie " Viens, qu'on y aille ". J'avoue très peu écrire en samo car je me retrouve souvent bloquée par le manque de vocabulaire, d'expressions en français que je veux traduire dans ma langue mais dont je ne trouve pas l'équivalent, ce qui me fait souvent très mal. Mais je prévois un retour aux sources pour encore améliorer mon vocabulaire. Mis à part l'écriture, je puise certaines inspirations qui sont intituitivement liées à mes origines. Sur mon second Album à venir, un long travail de recherche musicale a été fait, pour personnaliser et approcher le plus possible l'univers musical dans lequel je construis mon univers au fil du temps et de la maturité.
 

Quels sont vos recherches et vos préférences rythmiques ?
 

- Mes préférences rythmiques sont diversifiées, car suivant mes textes, je m'oriente vers un style tantôt chanté, slamé ou bien rapé. Cela peut varier donc d'une base Hip-Hop, à une base très douce de Soul. Je me laisse emporter par mes émotions et je ne me cantonne pas dans un style donné. La musique n'a pas de barrière. Mes recherches musicales entamées depuis 2008 oscillent entre le moderne et le traditionnel. C'est tellement beau - lorsque c'est bien réalisé - d'entendre le tam-tam, le N'Goni, la Kora se marier à une basse Soul, Pop ou Hip-Hop ; d'entendre une calebasse rythmer une note de piano ou une guitare moderne... Voilà la direction musicale et rythmique dans laquelle je me dirige depuis la fin du premier album.
 


 

Ecrivez-vous vos chansons vous même ? Et quelles sont vos sources d'inspirations ?
 

- Oui, j'écris mes chansons moi-même ; néanmoins je reste ouverte à des propositions de texte, mais uniquement si le texte en question me touche, me parle, m'emporte dans mon univers. D'ailleurs, dans le second Album, j'ai fait un premier essai de collaboration d'écriture avec Michel Sutter (jeune auteur français) sur la chanson " Beautiful Lady ", dans laquelle j'ai apporté ma part d'inspiration humoristique. Une chanson qui va beaucoup plaire j'en suis sûre (sans vouloir me vanter..).

Mes sources d'inspiration sont diverses. Je tire mon inspiration de mon vécu, mon quotidien, ou celui de mon entourage, des problèmes de société, du monde, de son actualité...

 

Les instruments qui vous accompagnent sont peu nombreux : à première vue, synthétiseur, batterie... utilisez-vous des instruments africains ?
 

- Effectivement à première vue, peu nombreux sont les instruments qui m'accompagnent, surtout sur mon premier Album " Da Wou Wô ". A la base, le Hip-Hop est une musique qui ne nécessite pas beaucoup d'instruments, car l'accent est souvent mis sur le texte, le message.
Mais sur mon deuxième Album, j'ai fait un pas en avant dans mes recherches musicales. Vous y ressentirez ce métissage instrumental entre l'Afrique et l'Occident. C'est l'un des défis que je m'étais lancé de faire de cet album celui qui me représentera le mieux possible, avec la maturité acquise depuis le premier album. Celui-ci est plus riche musicalement et comporte un vrai brassage entre le moderne et le traditionnel.
 

Quels sont les groupes ou chanteurs qui vous inspirent ?
 

MC solar, 2 Pac, Missy Elliot, Myriam Makeba, Salif Keita... et bien d'autres
 

Votre premier CD " Da Wou Wô " est sorti en octobre 2010 ; pouvez-vous raconter les différentes étapes et les différentes inspirations qui ont permis la sortie de ce CD ?

 

En 2007, j'ai repris le projet de l'album " Da Wou Wô " pour ne pas laisser s'endormir un si beau projet presqu'à son terme.  Les moyens manquaient pour la duplication, j'ai donc décidé de faire une sortie web de l'album le 14 février 2007 sur le site airtist.com qui a malheureusement fermé en 2011.
Ce site proposait alors le téléchargement gratuit rémunéré par la publicité et le téléchargement payant. Là, j'ai connu un réel succès avec plus de 2000 téléchargements.
J'ai été heureuse de la reconnaissance de nombreus internautres ainsi que d'organisateurs de concerts qui ont pris contact avec moi.
Le "Hip Hop Award 2008" m'a permis d'avancer et J'ai pris part à de nombreux concerts avec cet album jusqu'en juin 2010 où - grâce au Label Digital "Zimbalam " - je suis parvenue à mettre l'album " Da Wou Wô " en vente sur la grandes plateformes de téléchargement digitale : i Tunes, Amazon, Nokiastore... Un pas de plus pour l'artiste en autoproduction que je suis.

Au Burkina Faso, ma terre natale, beaucoup de mélomanes m'ont reproché de ne pouvoir avoir accès à l'album sous forme de " web-album ", pour des raisons financières. Avec le soutien de fidèles supporteurs qui m'avaient découverte sur internet (et devenu depuis des amis proches), j'ai pu aller au Burkina en octobre 2010 faire la sortie officielle de cet album. Depuis lors, cet album est accessible un peu partout.

En ce qui concerne l'inspiration et les thèmes abordés dans mes chansons ; j'ai abordé des sujets variés comme : la société, la nouvelle génération, mon quotidien et celui de mes proches. J'ai abordé des thèmes comme l'hypocrisie des relations et ses maux, notamment dans le titre " J'appelle (des mots) " ; le fait d'être orphelins (dans tous les sens du terme) avec le titre " Orphelin " en featuring avec l'artiste Fuza Junior ; l'excision dans le titre " Excision (silence) " ; la place de la femme africaine en Afrique en particulier et dans le monde en général dans les titres " Da Wou Wô " et " Femmes ", la corruption de nos politiciens dans le titre " Kdo " en featuring avec l'artiste Busta Gaeenga ; la disparition des frontières, l'union entre les africains dans le titre " Yétafo " en partenariat avec le groupe nigérien Kaidan Gaskia mais aussi des titres légers, des titres qui parlent d'amour comme " Crazy 2 toi ", " Showtime ", chantés pour aérer l'Album de tous ces thèmes lourds et graves. Bref... un album de 10 titres avec des thèmes bien diversifiés comme vous pouvez le constater.
 

Presque toutes vos chansons sont en français : quelles autres langues chantez-vous ?
 

Oui, presque toutes mes chansons sont écrires en français car c'est la langue que je parle le mieux. J'y vois l'avantage de me faire comprendre du plus grand nombre car c'est un style musical où le texte revêt une très grande importance. J'aurai bien voulu écrire plus de chanson en samo, ma langue maternelle, mais je me retrouve bloquée par le manque de vocabulaire. Néanmoins je chante quelque fois en samo, de rares fois en anglais et exceptionnellement en allemand. Dans le futur, j'ai l'intention d'accorder un peu plus de place à la langue samo.
 

Vous habitez actuellement en Allemagne ; conservez-vous des contacts et des projets avec votre pays d'origine ?

 

Le fait d'habiter en Allemagne n'est en aucun cas une barrière ou un prétexte pour ne pas conserver les contacts que j'ai au Burkina. Bien au contraire, je me suis toujours trouvée disponible pour participer à des projets. Ainsi j'ai quelques projets en collaboration avec une association allemande. J'ai des contacts aussi avec une association burkinabè "Fo-Doiw-Ban" et une association italienne " Fogouni Burkina Faso " qui agissent au Burkina. Ces associations me sont proches et je soutiens leur travail. Donc comme vous voyez, mon pays d'origine est ancré en moi pour l'éternité.
 

Un deuxième Album " Albinos " est sorti à l'automne 2011 ; il montre des titres engagés. Pouvez-vous nous parler des thèmes que vous abordez dans ce CD ?

 

Effectivement ce deuxième album réserve beaucoup de surprises. J'y ai consacré plus de trois ans, et ces années de recherche m'ont permis d'évoluer musicalement.
Les thèmes abordés sont engagés ; d'où le nom de l'Album " Albinos ".
Pourquoi " Albinos " ? C'est un titre que j'ai écrit et qui vient du fond de mes tripes, car j'ai toujours eu mal depuis l'enfance de voir toutes les persécutions dont sont victimes les Albinos., la xénophobie et le racisme dont sont victimes les personnes atteintes d'albinisme. Les crimes commis sur les albinos au nom d'un sacrificie recommandé par tel ou tel marabout... Les Albinos en Afrique ont un destin atroce ! Ils sont abandonnés à la naissance, dès que les parents ont détecté l'albinisme. Ils sont livrés à eux-mêmes, seuls, errant dans les rues, livrés à la société africaine qui les méprise, les malmène, les viole, les assassine ou , les ignore dans le meilleur des cas.
Le fait d'être moi-même noire, subissant le racisme de certains blancs envers les noirs, je ressens le grand besoin de défendre l'Albinisme en Afrique car beaucoup d'Africains sont contre les Albinos sans même s'en rendre compte, ou pire : en s'en rendant compte ! Il faut que cela cesse !! Qu'on soit Albinos, Noir, Jaune, Rouge ou Blanc, nous sommes tous des HUMAINS et méritons d'être tous traités de la même façon.

J'aborde aussi le thème de la dépression sur le titre " Génération Dépression " relatant une histoire vraie ; le titre est d'ailleurs dédicacé à la personne qui m'a inspiré le texte.
J'aborde également le thème de l'excision, que je continuerai d'aborder dans chacun de mes albums... jusqu'à ce que l'excision cesse ! Ce thème est abordé dans le titre " Confidence ".
Pourquoi Confidence ? Parce que je relate le fait que je suis une victime de l'excision. J'ai enfin le courage et la force d'en parler publiquement ! Force et Courage que j'avais pas eu dans mon premier Album dans le titre " Excision (Silence) " où j'avais pris de la distance par rapport à mon vécu. Mais dans ce deuxième Album, je raconte mon vécu car je pense qu'en tant qu'artiste, j'ai le devoir aussi de montrer cette face à la société. Que le monde sache que nous existons - nous, femmes excisées - parfois amenées à nous cacher, à ne rien dire pour que pas être mises au ban de la société.
Il faut que l'excision cesse, elle n'a pas sa place dans le monde ! C'est une mutilation, c'est un crime ! Aucune tradition ne devrait être un crime et mettre ainsi en danger des millions de vies humaines en marquant à vie ou en tuant des malheureuses femmes.

 


Sur le titre " Ami-Ennemi " chanté avec Mister Yopi (artiste Guinéen/ Burkinabè, ex Membre de la Censure), nous dénonçons l'amitié superficielle, le venin des mauvaises langues qui se prétendent nos ami(es). C'est donc un titre où - il me semble - chacun peut se retrouver ; à écouter absolument quand l'album sortira !

" Echange Culturel " est une chanson en featuring avec Mc Libéral (artiste allemand) où nous évoquons l'union des êtres humains à travers la musique et l'importance du métissage culturel.

Le titre " Ta voix et la mienne " chanté avec Humanist (artiste Franco-Burkinabè) sur une composition de BlingStef est dédié à toutes ces personnes qui nous aident et font de nous ce que nous sommes et deviendrons. Il s'agit donc d'une dédicace à tous ces mélomanes et acteurs culturels qui nous soutiennent.
Ce n'est qu'une partie des surprises que réserve cet Album ; mais je conseille l'écoute de " Si j'étais un homme " et " Beautiful Lady ".
 

POUR EN SAVOIR PLUS SUR FEENOSE
 

- Le site officiel de Féenose

- Clip "Albinos "; sorti le 2 juin 2012, réalisé par Roy J. Kramer, produit par les parents de Feenose, avec l'aide de divers amis dont l'association " Ecran Total " d'Annie Mokto, Claude Nival

- Extraits de l'Album " Albinos "

- Le Clip officiel du CD " Albinos "

 

ALBUM Da wou wô "

- Excision (Silence)

- Orphelin (Feat Fuza)

- Ma famille

Réseaux sociaux

- Facebook

- Twitter

(Toutes les photos ont été fournies par Féenose)