Consulat du Burkina Faso de Nice

Bronzier du roi - Moussa Traore

vendredi 13 janvier 2017

 

 

 

 

MOUSSA TRAORE

BRONZIER ROYAL

 

Coordonnées :
Fada n'Gourma
tel : (00 226) 70 40 83 23 - 79 34 59 90
Courriel : tramoussa2000@yahoo.fr

 

 

L'ethnie gourmantché n'a pas de grande tradition de bronziers (comme par exemple les Mosse) ; néanmoins le clan royal et la chefferie ont toujours eu besoin d'un bronzier : la famille Traore en a l'exclusivité : elle est affiliée au clan royal.

La famille Tompoudi est celle des forgerons qui fait les outils et les armes de guerre.
La famille Ouoba est gardienne des fétiches, et la famille Thiombiano garde le fétiche sur lequel il va y avoir un rituel.

La famille Traore possède la maîtrise des bijoux de la famille royale ainsi que de toute la chefferie de la région. Les formes des bracelets traditionnels n'évoluent pas ou très peu et les motifs dépendent de la fonction du chef, de la reine, des princes ou princesses.

 

 

 

HISTORIQUE DES BRACELETS DES ROIS DU GULMU

 

L'ancêtre de la famille Traore - Imam et maître coranique - est venu du Mali avec son groupe de Talibés. Ils se sont installés à Diabuangu (un village vers Pama), dirigé alors par le chef Untani.
Ce dernier portait six bracelets de pierres taillées : un au poignet droit et les cinq autres au poignet gauche. L'ancêtre observa ces bracelets et en fabriqua six ; celui du bras droit en bronze et les cinq autres de matière diverse et de forme torsadée. Il offrit alors ces bracelets au roi en guise de présent, et récupéra ceux que le roi avait porté jusqu'alors.

L'ancêtre lui fabriqua également des boucles d'oreilles, des pinces pour son bonnet et une chaîne en argent. Pour chacune de ses femmes, il fit deux bracelets : ceux de la première femme en bronze et les autres en cuivre ; tous portés sur le bras gauche.

 

Après son séjour, l'ancêtre et ses fidèles continuèrent leur voyage pour atteindre le Nungu (actuel Fada n'Gourma). Il y trouva le roi Yendabili, venu également de Diabuangu. Il lui rendit visite et au cours des échanges, le Roi lui conseilla de poursuivre son chemin pour des raisons de sécurité. En effet, dans le Nungu, chaque année, un puissant groupe de guerriers Tombas venait piller et tuer les habitants. Mais l'ancêtre voulut rester avec ses fidèles et s'installa dans une clairière.

L'année suivante, les Tombas arrivèrent, pillèrent et tuèrent beaucoup d'habitants. L'ancêtre, observant la bataille, se rendit à la cour royale et promit au Roi de se préparer afin d'attaquer les Tombas.
L'année suivante, le Roi informa l'ancêtre de la venue des Tombas. L'ancêtre prépara une riposte et mobilisa les guerriers de la cité. Les Tombas attaquèrent Nungu sans pouvoir y rentrer, ils furent poursuivis par les Talibés qui en tuèrent beaucoup. Ces guerriers Tombas furent enterrés à la sortie de la ville.

 

L'ancêtre demanda alors au Roi l'autorisaiton de poursuivre son chemin ; mais le Roi lui répondit : "tu as été un vrai guerrier, je veux que tu restes pour m'aider à gouverner et protéger mon peuple." L'ancêtre accepta et le Roi l'autorisa à construire sa demeure sur les tombes des ennemis..... Et depuis lors,  la famille Traore habite ces mêmes lieux.

Le roi lui confia en reconnaissance, l'un des plus grands fétiches de la cour royale "Yendabili Djingli", et jusqu'à aujourd'hui, ce fétiche est gardé par la famille Traore. Fréquemment, la cour royale vient faire des sacrifices et/ou des offrandes.Le Roi ayant placé sa confiance dans la famille Traore, après le Roi Yendabili, la famille est la dernière cour que tout roi intronisé doit traverser et y être intronisé.

 

 

Les bracelets du roi ont une boule torsadée ; il en porte 5 à la main gauche et un à la main droite, très large et avec un motif spécial. Le roi doit porter ces bracelets en permanence ; si le bracelet s'abîme ou se casse, il est refait à l'identique.

 

Lorsque le roi décède, on lui enlève tous ses bijoux pour le roi suivant (ils sont alors réparés voire refaits s'ils sont cassés) ; ce sont donc les mêmes bijoux depuis le premier roi. Les bijoux sont assez nombreux : boucles d'oreilles pour hommes, bracelets, pectoral pour les cérémonies en argent blanc (à l'intérieur, entre les deux façades du pectoral, on place une poudre spéciale). Sur le chapeau une pince est fixée à laquelle sont accrochés des petits objets en bronze et en argent.
Le roi porte certains bijoux en fonction de ce qu'il doit faire ; en cas de guerre il peut porter des bagues de guerre afin d'être protégé par le fétiche, il ne sera alors pas touché par les flèches des ennemis.

 

Les bijoux en or sont rarissimes, ils ont existé mais ont disparu depuis longtemps (il n'y a pas d'or dans la région). On a seulement pu retrouver une petite boucle d'oreille en or dans les affaires de la femme de Simandari.

 

Le rituel du décès d'un roi est très particulier.  Le futur roi doit visiter les trois familles sacrées toujours dans le même ordre, il fait alors envoyer un coq rouge pour le sacrifice.

Si un prince décide de venir à la forge avant le futur roi, le prince ne peut plus ressortir et doit prendre la chefferie. Pour éviter ces problèmes, des gardes sont postés partout dès le décès du roi et ce pendant une semaine. Durant cette semaine un nouveau roi est alors choisi.
Le roi doit alors venir à la forge, accompagné d'un ministre de la famille Thiombiano. Le futur roi est dans l'obligation de venir la nuit à la forge du bronzier royal. Il vient chercher les bracelets. Depuis le roi Ountani, le roi va enfiler en premier un bracelet en terre cuite accompagné d'un rituel. Le roi enlève ensuite ce bracelet pour le rendre au bronzier qui en est le dépositaire.

 

Après la visite nocturne au bronzier, le roi doit se retirer dans une case à poules pendant une semaine.

 

Tous les vêtements du roi (chaussures, chapeau, vêtements) sont faits à neuf. Le roi fait envoyer en cadeau à la forge une jeune fille avec des vêtements, un cheval et un bélier blanc ; c'est le cadeau du roi à la famille Traore. La jeune fille - qui n'est pas choisie au sein de la famille royale - va alors rester dans la famille du bronzier. Il est évident que cette coutume ne se fait plus de la même manière actuellement, aussi on dit que "la fille et le cheval sont gardés en crédit".

 

Dès que les cadeaux sont parvenus à la forge, le bronzier va finir les rituels des bracelets. Le septième jour, on amène les bracelets et les boucles d'oreille au roi qui peut à ce moment sortir du poulailler ; il est alors considéré comme intronisé. Par contre il n'a plus le droit de repasser par la forge (sinon  il est condamné à décéder dans la semaine qui suit).

 

La reine porte un bracelet en permanence, si elle sort sans ce bracelet, cela veut dire que le roi l'a répudiée. Des guerriers pouvaient d'ailleurs coincer la reine sur ordre du roi pour lui enlever le bracelet de force. La première femme du roi porte traditionnellement un bracelet en bronze et la deuxième femme un bracelet en cuivre rouge.

 

 

A une douzaine de kilomètres de Fada, au village de Kikidiéni, un paysan a trouvé récemment dans son champ, un canari enterré rempli de 70 kg de bracelets anciens. Les habitants actuels du village n'étant pas forcément au courant de l'histoire locale ; le canari a été remis à la famille Traore.


L'ensemble daterait peut-être de la royauté Yendabili à Diabuangou. Lorsque Yendabili est arrivé sur les lieux il y avait déjà un chef qui régnait localement, mais l'armée de Yendabili était nombreuse et plus puissante que les autochtones ; ces derniers auraient fui en enterrant leurs possessions ? C'est une hypothèse.
On note cependant qu'un des bracelets comporte une poudre à l'intérieur, comme cela se fait encore actuellement.

 

On trouve des étriers, des bracelets de chevaux, et d'énormes bracelets pour le roi ; dont on peut se demander comment il pouvait supporter le poids de ces bijoux ...

 

 

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Un des bracelets fabriqués à la forge, et les moules en terre des petits bracelets de santé

 

De nombreux bracelets de santé sont commandés et fabriqués à la forge : suivant l'état de santé de la personne, on porte tel ou tel bracelet qui a tel ou tel motif. Un rituel doit être fait pour charlater le bijoux ; ce rituel est exécuté par le bronzier lui-même dans la forge car il en a le pouvoir (cf la photo de gauche).

 

ces bracelets permettent de guérir d'un certain nombre de maladies :
- les hémorroïdes
- les brûlures
- D'autres maladies à partir de bracelets fabriqués sur recommandations (charlatans, féticheurs...)

La famille Traore possède un pouvoir de bénédictions pour la prospérité des activités, pour la réussite sociale et autre.... De nombreuses personnes viennent donner des présents sous forme d'offrandes pour demander des bénédictions.

 

 

 

Cette aiguière en cuivre est un objet sacré ; chaque vendredi - s'il y a un sacrifice - on y place de la cola et de l'eau ; si la cola est empoisonnée, en la plaçant dans le pot, le poison n'aura plus aucun effet. Celle-ci est conservée par le bronzier, c'est un objet ancien.

 

Les interdits

 

Il existe des interdits entre les descendants du Roi Yendabili et la famille Traore

- un Traore ne doit pas se prosterner devant un Roi du Gulmu
- Un Traore ne doit pas demander un autorisation pour voir le Roi
- Il ne peut y avoir de liens amoureux ou de rapports sexuels entre les Traore et les descendants de Yendabili

 

Actuellement Moussa et son frère continuent de travailler pour le clan royal et la chefferie mais tout le monde peut leur commander des bracelets de santé. Il fabrique aussi des bronzes d'art, de décoration et travaille sur commande tout comme il assure des formations pour ceux qui veulent apprendre la technique de la cire perdue (y copmpris pour des étrangers). Moussa a exposé une fois au SIAO et deux fois au Niger.

 

(Article rédigé avec l'aide de Moussa Traore et Soumana Natama)

(Photos. A. Chalamon)