Consulat du Burkina Faso de Nice

Traditions et origine du Bendre

jeudi 19 janvier 2017

Association ID SIGRE Nos Origines
Ouagadougou
Courriel : idsigre.nosorigines@gmail.com

Président : Nakoulma Emmanuel : Ben Naaba
Communication : Kabore Placide
Tel. (00 226) 78 43 90 90/ 74 50 05 05

 

 

 

LE TAMBOUR EN AFRIQUE

 

Le tambour est un instrument traditionnel que l'on retrouve dans tous les pays d'Afrique. Loin d'être un instrument de musique d'agrément, il rythme la vie de la société et les cérémonies, tant sur le plan festif que sur le plan rituel : fêtes, naissances, mariages, funérailles, salutations protocolaires, chasse et conflits......

Chaque fois qu'on entend un tambour, c'est un message qui est envoyé : appel à la guerre, à un travail quelconque, message de danger ou de réjouissance..... Le tambour délivre un langage que seuls les initiés peuvent comprendre

 

 

LE BENDRE

 

Le bendre fait partie de la famille des tambours issu des membranophones (percussions dont on fait résonner une membrane). Sa forme est immuable : une grosse calebasse dont on a coupé seulement une partie en haut (un cinquième) dont l'ouverture est fermé d'une peau de mouton ou de chèvre maintenue par des cordelettes de cuir à un anneau métallique placé sous l'instrument.

 

La particularité du Bendre est sa fonction sacrée. Dans la société moaga, le Bendre occupe la première place des instruments royaux. C'est le Ben Naaba, chef des tambourinaires (Yumba) qui en joue, assis ou debout à l'aide des doigts des deux mains, regroupés ou ouverts.

On le frappe au centre ou sur les bords pour donner les sons qui correspondent au langage voulu par le protocole de la cour royale. C'est un instrument lié aux chefs coutumiers. On l'entend lors des funérailles, de l'intronisation d'un nouveau chef, de festivités rituelles ou lors d'un message grave ainsi que tous les actes officiels de la cour. Le Bendre est attaché au pouvoir du Mogho Naaba ; il est chargé de rappeler les hauts-faits de la dynastie ainsi que les qualités des Mosse. Il symbolise la tradition de l'ethnie Moaga et assure sa cohésion sociale.

 

 

 

HISTOIRE DU BENDRE

 

Le Bendre date du règne du Naaba Oubri - petit fils de Ouedraogo et fondateur de Ouagadougou au XIIIème siècle. L'instrument appartenait alors à un génie.
Lorsque Oubri quitta Tenkodogo pour conquérir Ouagadougou avec sa troupe, ils firent une halte de plusieurs jours près d'un bosquet pour se reposer. Chaque jour à la même heure, le son d'un tambour se faisait entendre dans ce bosquet. Intrigué par ce son, Oubri fit encercler le bosquet par sa troupe qui découvrit à l'intérieur des fourrés, un génie qui jouait du tambour.
Le génie prit de peur, s'enfuit en laissant le tambour. Un guerrier s'empara de l'instrument et revendiqua sa trouvaille : "C'est moi qui l'ai trouvé", "C'est moi qui a vu", C'est ainsi qu'on a surnommé "Yintga", l'ancêtre des Benda qui acquit dans le bosquet une connaissance de l'instrument et son aspect sacré. Yintga appela le tambour "Bendre", encouragé par Oubri qui se sentait galvanisé par le son de l'instrument.

 

 

RÔLE ET PLACE DU BENDRE

 

Le Bendre joue un rôle majeur dans les traditions Mosse ; aussi bien à la cour royale que dans la société moaga. On le fait sonner durant les périodes festives (fêtes coutumières, rites sacrés, chorales...) mais également lors de périodes plus graves comme des funérailles.

Le griot traditionnel (Yumba) évoque les mânes en jouant du Bendre. Il représente les prêtres dans les coutumes mosse lors des fêtes coutumières. Il est le lien entre les mânes et les vivants et invite les mânes à se réjouir avec les hommes en participant à la fête.

Lors du décès d'un roi ou d'une personne âgée ; Yumba évoque les mânes pour qu'ils reçoivent le défunt ; il demande la protection des vivants et les prie les d'épargner.

Un autre rôle du bendre : il joue le rôle de communicateur entre le roi et son peuple. Il annonce les bonnes et mauvaises nouvelles du royaume, il annonce aussi les entrées et sorties du roi et fait respecter le protocole des rites, des traditions et des coutumes au point d'en être le garant.

 

Depuis des siècles, le Bendre occupe une place prépondérante dans la culture et la tradition de l'ethnie moaga ; symbolisant la légitimité royale et la pérennité de la nation. Instrument sacré par excellence, on fait sonner le Bendre lors de circonstances extraordinaires. Dans l'ancien temps, ses battements annonçaient de grandes nouvelles et des manifestations exceptionnelles : intronisation, funérailles d'un roi....

 

MODERNITE DU BENDRE

 

Actuellement, le Bendre reste sacré tout en étant devenu populaire. Il représente un héritage culturel et traditionnel incontournable. Le Bendre s'entend lors de danses traditionnelles, musiques populaires des célébrations et réunions de familles, les cérémonies officielles et rituelles..... Il est toujours joué par le griot traditionnel appelé Yumba.

 

De nos jours, on doit malheureusement constater que la modernisation de la société engendre l'absence de valorisation de l'instrument et du métier des Yumba. Cette culture est en train de disparaître.
A la mort du Ben Naaba du Mogho Naaba, la famille du Benda de la cour royale du Mogho Naaba n'avait plus personne pour manier l'instrument pour la succession ; or dans la tradition s'il n'y a pas de Bendre, il n'y a pas de Naam Chefferie (roi) , et s'il n'y a pas de Naam Cheferrie, il n'y a pas de Bendre.  Il a fallu chercher dans d'autres familles de Benda afin de trouver un successeur au Ben Naaba du Mogho Naaba.

 

La société a hérité de l'instrument Bendre et du métier des Yumba ; elle a l'obligation de les transmettre aux générations futures ; tel est l'objet de cette association "ID Sigre Nos Origines" créée en 2016 afin de sauvegarder et transmettre cette coutume.

L'association veut susciter l'intérêt des jeunes aux instruments traditionnels et culturels comme la science du griot. Promouvoir les valeurs culturelles et traditionnelles du Burkina Faso et éduquer la jeunesse aux pratiques et principes de cette culture. Elle veut également acccompagner toute initiative entrant dans le cadre de la promotion des valeurs culturelles du Burkina et d'ailleurs, voulant par ce biais promouvoir la paix et la cohésion sociale.

 

En juin 2016, "ID SIGRE Nos Origines" a organisé un Festival : la première "Journée du Bendre" à Ouagadougou. La deuxième "Journée du Bendre" est prévue en mai 2017

 

 


Le Ben Naaba de Gounghin

 

L'ACTUEL BEN NAABA de GOUNGHIN

 

L'association "ID SIGRE Nos Origines" est présidée par l'actuel Ben Naaba. Nakoulma Emmlanuel est né en 1978 à Ouagadougou dans une famille de Benda (la famille des tambourinaires traditionnels de la cour royale du Mogho Naaba). A 7 ans, il est initié à l'instrument et au langage du Bendre par son père. Enfant intelligent et travailleurs,  il va pouvoir concilier l'apprentissage et l'école.
Devenu agent communal pour la ville de Ouagadougou à la Radio Municipale (RMO), il succède à son père et devient le Ben Naaba de Gounghin, chef des tambourinaires de la cour du Mogho Naaba. Meilleur percussionniste traditionnel de son état, il lance en 2016 la création  de l'association et du Festival "Journée du Bendre".
Il est le leader de la troupe ID Sigre, griot traditionnel, formateur en technique, fabrication et langage du Bendre.

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS

 

- Film : première Journée du Bendre le 15 juin 2016

- La chefferie traditionnelle moaga

 

Article rédigé avec l'association ID Sigre Nos Origines

(Photos : Id Sigre Nos Origines - A. Chalamon)